L’Étranger
Un roman court et sec comme un midi d’été à Alger, qui n’a jamais cessé de nous interroger.
Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
Peu d’incipits sont aussi connus que celui-ci. En deux phrases, Camus installe tout : un deuil traité comme une information administrative, une incertitude qui n’émeut personne, et une voix — plate, précise, déroutante — qui ne nous lâchera plus.
Meursault, l’homme qui ne joue pas le jeu
Meursault est employé de bureau à Alger. Il enterre sa mère sans pleurer, va se baigner le lendemain, retrouve Marie, accepte de rendre service à son voisin Raymond. Puis, un dimanche, sur une plage écrasée de lumière, il tue un homme. « À cause du soleil », dira-t-il plus tard au tribunal.
La seconde partie du roman est celle du procès. Et c’est là que le livre devient vertigineux : on juge moins le meurtre que l’homme qui n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère. La société condamne celui qui refuse de mentir sur ses sentiments.
Le cycle de l’absurde
L’Étranger forme avec Le Mythe de Sisyphe et Caligula ce que Camus appelait le cycle de l’absurde. Mais on peut le lire sans aucun bagage philosophique : tout passe par la sensation, la chaleur, la sueur, l’éblouissement. C’est un roman physique avant d’être un roman d’idées.
Il y a dans ces pages une lumière si crue qu’elle finit par tout effacer, y compris le sens.
Le relire aujourd’hui
On ne peut plus lire L’Étranger sans penser à l’homme tué sur la plage, qui n’a jamais de nom. Kamel Daoud lui en a donné un — Moussa — dans Meursault, contre-enquête (2013), réponse magnifique qui éclaire le roman de Camus sans le détruire. Lire les deux à la suite est une expérience que je recommande vivement.
Un livre bref, qu’on lit en une soirée, et qu’on met ensuite des années à finir de comprendre.
Le verdict
Éblouissant
On a aimé
- Une écriture d’une sobriété magistrale
- Un personnage qui continue de diviser, quatre-vingts ans plus tard
- Une lecture qui gagne énormément à être confrontée à Meursault, contre-enquête
Moins convaincu
- L’absence de nom donné à « l’Arabe » interroge légitimement aujourd’hui
« Un roman court et sec comme un midi d’été à Alger, qui n’a jamais cessé de nous interroger. »